Randonnée mouvementée

 

Chapitre unique

 

 

                Je m’appelle Cécilia. J’ai dix-sept ans et je vais au lycée. Pour me décrire, j’ai des cheveux bruns, souvent attachés, et des yeux marrons. Depuis que je suis toute petite, je vis avec les chevaux et c’est devenu ma passion. Mon père est médecin et ma mère est vétérinaire. Mes parents et moi, nous vivons dans une propriété assez luxueuse, en Basse-Normandie, au nord-est de Caen, presque à la limite entre la Haute et la Basse-Normandie. Ma mère, qui aimait monter à cheval, m’avait initié à l’équitation dès mes trois ans sur sa jument andalouse, Bella. J’avais continué à monter avec cette jument jusqu’à ce que, pour mon onzième anniversaire, mes parents m’aient acheté une belle jument arabe à la robe grise que j’avais nommé Ecume. Pendant 2 ans, j’avais monté cette jument que j’adorait. En général, je partais en balade dans les bois de notre propriété avec ma meilleure amie Carla qui, n’ayant pas la chance d’avoir son cheval, montait Bella ou Othello, le trait Breton de ma tante, installée chez nous. Mais, deux fois par mois, nous allions souvent dans le club voisin pour monter en cours.

 

            Un jour, mes parents me proposèrent de la faire pouliner. Enchantée par l’idée de pouvoir m’occuper d’un poulain, j’aidais mes parents à chercher le “père” idéal pour le poulain. Deux mois après, Ecume fut présenté à l’étalon, un anglo-arabe, Eclair. Presque un ans après la “rencontre”, la jument eut son poulain. Celui-ci, de la même race que son père, vif et précoce, grandit rapidement, au fur et à mesure des mois écoulés, et sa robe prenait une belle couleur noire avec, sur le front, entre les yeux, une petite tache blanche, souvent cachée par les crins lui tombant sur le front, le toupet. Habitué à ma présence, il n’obéissait qu’à moi... et à sa mère. Après ses trois ans, pendant les vacances, je l’habituait aux différents harnachements, selle, filets,... Pendant un an, je l’habituai à la balade, à pied ou juchée sur son dos, toujours accompagnée de Carla qui vivait chez moi car ses parents étaient constamment en voyage.

 

            Mais un jour, près de neuf mois après mon dix-septième anniversaire, mes parents m’annoncèrent que l’on allait déménager au Canada mais qu’on ne pouvait pas emmener les chevaux et qu’un acheteur potentiel viendrait, dans l’après-midi, pour regarder la propriété et les chevaux, Ecume et Jéronimo, le poulain, inclus. Je fus très contrarié par l’idée et m’y opposai, vainement.

 

            Parties dans les bois sur Ecume et Jéronimo, Carla et moi, nous discutâmes de ce problème.

 

            “- Voilà pourquoi mes parents ont déménagés au Québec sans m’emmener avec eux, remarqua mon amie. Ils savaient que vous y viendrez vous aussi et ils sont partis en éclaireur. C’est écœurant ! Ils sont trop sympa tes chevaux.

 

             - Je ne laisserait pas Ecume et Jéronimo à qui que ce soit ! En plus, Jéronimo n’accepte d’être monter que par moi !

 

            - Ca c’est sûr ! Je me rappellerai toujours la fois où ton cousin a voulut le monter ! Le cheval était comme fou ! A peine Ben sur son dos, il s’est tellement agité que ton cousin est tombé et c’était pas un débutant ! Même Pascal, le moniteur du club, ne pouvait pas le monter !

 

            - Ouais ! Bien que je pense que toi, tu pourrais le monter ! Il te connaît presque autant que moi !

 

            - Peut-être ! Mais comme j’suis pas aussi expérimentée que ton cousin, j’préfère ne pas essayer !” admit-elle.

 

            Après un moment de silence, elle ajouta :

 

            “- Tu sais, si ça se trouve, l’acheteur peut être un type très sympa !

 

             - Hum ! Peut-être ! On verra ça en rentrant, répondis-je.

 

             - On rentre maintenant ?

 

             -Ouais ! Allez, au trot !” lançai-je, faisant faire demi-tour à mon cheval puis en le faisant presser l’allure.

 

             De retour à la maison, nous nous occupâmes de nos montures et j’emmenai Jéronimo au pré pour le laisser se défouler.

 

            Vers 14h, Alors que nous étions accoudées à la barrière, regardant le cheval évoluer dans le pré, sa robe  noire contrastant avec les barrières blanches, nous vîmes mon père arriver avec un homme qui n’avait pas l’air d’être souvent monté. C’était un homme, gros et trapu, avait un visage sec, dont les yeux noirs, semblables à des billes, étaient enfoncés dans leurs orbites et dont les minces lèvres pâles étaient étirées en un faible rictus, découvrant des dents de couleur passablement douteuse. Ses cheveux étaient gris et hirsutes. Je m’attardai sur son visage, très palot et buriné. Justement, ce visage me disait quelque chose, mais quoi ? C’était dans le journal et...

 

            “- Cécilia, je te présente John Burman, m’annonça mon père. John, voici Cécilia, ma fille, et Carla, la blonde, son amie.

 

             - Bonjour jeunes filles, nous lança l’homme, l’air faussement aimable, et d’une voix aigre, en tendant vers nous une main noueuse. Enchanté de faire votre connaissance.

 

             -Bonjour.” lui répondis-je sans plus de cérémonie, ignorant la main qu’il nous tendait.

 

            Un silence pesant s’installa alors.

 

            “- C’est un très bel animal, remarqua soudain John, venu s’accouder à la barrière, près de moi. Je devrais en obtenir un bon prix, ajouta-t-il dans un murmure.

 

              - Il n’est pas à vendre, lançai-je sèchement.

 

             - Cécilia ! s’indigna mon père. Tu sais très bien qu’on ne peut pas le garder !

 

             - Et alors, je ne veux pas que MON cheval finisse entre les mains de ce..., de cet homme, m’écriai-je avant de passer sous la barrière et partir vers Jéronimo, Carla à ma suite.

 

             - Cécilia, reviens tout de suite ! m’ordonna mon père. Excusez-la, elle aime beaucoup ce cheval et elle se montre un peu déraisonnable.

 

             - C’est normal ! Bon, je ne vais pas vous importuner plus longtemps !” entendis-je.

 

            Je vis alors mon père raccompagné l’homme vers la sortie, l’air gêné.

 

            “- T’aurai pas dû faire ça, me lança Carla. Tu vas avoir des problèmes !

 

             - Hé, je ne voulais pas que ce mec touche à mon cheval, m’énervai-je, complètement hors de moi. Il ne me plaît pas du tout ce type.

 

             - Ouais ! Euh, tu devrais te calmer, tu sais combien Jégé est sensible au stress !

 

            - T’as raison ! Mais arrête de lui donner ce surnom débile, s’il te plaît ! 

 

             - D’accord ! mais pourquoi, tu l’as appelé Géronimo, avec un J ?

 

            - Parce qu’il est né l’année des J et que les chevaux d’élevage et de race, sauf les pur-sang anglais, doivent être à la lettre.

 

            -Ok ! Tu vas le rentrer ?

 

            -Ouais, il s’est assez détendu !”

 

            Pendant une semaine, d’autres acheteurs vinrent. Certains intéressés par la propriété, d’autres seulement par les chevaux et les derniers, par les deux. Nous n’avions plus eu de nouvelles de John Burman.

 

            Après qu’un homme particulièrement horrible et violent soit passé, je décidai, avec Carla, de partir avec Ecume et Jéronimo. Celle-ci, écœurée autant que moi par ces acheteurs aussi ridicules les uns que les autres, approuva.

 

            Pendant la journée, nous fîmes une liste du matériel nécessaire et regroupâmes nos économies. A nous deux, nous avions près de deux mille francs plus nos cartes qui nous permettaient de retirer une certaine somme tous les mois. Ayant prises une carte routière assez détaillée, nous décidâmes d’un itinéraire pour aller jusqu’en Bretagne à partir de chez nous. Mes parents étant absents, nous en profitâmes pour tout préparer. Après avoir sortis nos sacs et ma sacoche, nous nous occupâmes du reste de la liste. Je fourrais l’argent, la carte routière, deux barres chocolatées, une lampe de poche, des piles, des friandises et mon portable dans ma sacoche. J’allais ensuite chercher les sacoches de selle et nos k-way. Nous rangeâmes dans les sacs et les sacoches, quelques vêtements, une sacoche de tente, des couvertures, deux bouteilles, une autre lampe, des sacs plastiques, des paquets de chips, un saucisson, du pain, des pommes, du papier aluminium, un canif, des allumettes et d’autres ustensiles. Nous descendîmes ensuite à la sellerie, local où on range le matériel des chevaux et y prîmes, des fers et des rênes de rechange, quelques brosses et un cure-pied, la boîte à pharmacie, des bandes, le matériel pour la ferrure, de la ficelle et deux couvertures pour les chevaux. Nous nous occupâmes ensuite des selles et filets d’ Ecume et Jéronimo qui, par chance, avaient été referrés le matin même. Nous avions décidées de partir vers minuit. Personne ne découvrirait notre fuite avant le lendemain, au soir, au minimum. Ma mère partant travailler tôt et ne rentrant que vers 20h00 et mon père en conférence à Paris, on aurait le temps de prendre le large. En plus, ma tante était en visite chez deux de ses neveux dans le sud et le palefrenier ne passait que vers dix heure. Celui-ci, s’il ne voyait pas les chevaux au box, supposerait que nous sommes en balade, car nous sortions souvent à cette heure. Il ne nous gênerai donc pas. Vers 18h00, nous nourrîmes les chevaux et j’en profitai pour prendre un rouleau de bande électrique ainsi que quelques doses d’avoine et d’orges et un demi bloc de paille dans un sac que je glissai dans mon sac à dos.

 

            Une fois toutes les portes de l’écurie fermées, nous remontâmes à la maison. En passant devant la cuisine, je demandai à Marielle, la bonne, si elle pouvait nous faire un pique-nique car nous comptions sortir en randonnée pour la journée, en partant tôt, pour demain. Elle acquiesça et nous demanda ce qu’on voulait manger. Carla et moi, nous montâmes ensuite dans ma chambre pour finir de préparer notre escapade. Ayant sorties nos bottines, nos bombes et nos tenues, nous nous assîmes dans ma chambre. Celle-ci, grande et spacieuse, montrait la passion de sa “locataire”. Trois des murs blancs et la porte étaient couverts de posters. Les diplômes des différents examens d’équitation, les galops, passés au club voisin ainsi que les prix que Ecume avait gagné en endurance, ceux de Bella en dressage et les deux d’obstacle de Jéronimo recouvraient le quatrième mur tandis que des photos encadrées de mes chevaux et des statuettes équines jonchaient les étagères. Je m’approchait d’une des photos sur laquelle on me voyait à quatre ans, rayonnante, sur le dos de Bella, ma mère à côté. Une autre, prise il y a trois mois, me montrant sur Jéronimo lors de son premier concours, le flot fixé à son filet et une troisième, représentant  Carla sur Bella et moi sur Ecume, Jéronimo, âgé de cinq mois, immobile à côté de sa mère.

 

            Après le repas, de retour dans ma chambre, j’allais fermer les volets des fenêtres de la pièce. De la première, on voyait l’océan, assombrit par la nuit, et de l’autre, l’écurie et les prés clôturés s’étendant jusqu’aux bois. Alors que je me penchai sur le rebord, j’aperçut, le long d’un des enclos, un mouvement furtif qui se dirigeait vers l’écurie tandis que Dora, ma jeune chienne labrador aboyait à tout rompre depuis la cour de la maison. Nous étions seules.

 

             “-Il y a quelqu’un à l’écurie, murmurai-je, tout en courant vers l’escalier et prenant une lampe au passage.

 

             - T’es sûre que s’était pas ta mère, me demanda Carla en me suivant.

 

             - Ma mère aurait allumer la lumière de l’écurie, fis-je observer. En plus Dora ne s’énerverait pas comme ça si c’était elle.

 

             - Ouais t’as raison.”

 

             Arrivée au pied de l’escalier, je pris la batte de base-ball de mon cousin Paul, passionné de base-ball, qui l’avait oublié ici depuis sa dernière visite. Nous traversâmes la cour, détachant Dora au passage, et courûmes vers l’écurie. Une pluie fine commença à tomber, tandis que j’arrivais à proximité du premier box. Un hennissement aigu rompit alors le silence nocturne, suivit par un bruit sourd. Je me précipitai vers un box dont les battants étaient ouverts, celui de Jéronimo, le cœur battant à tout rompre. Et là, je vis à la lumière de ma lampe, mon cheval tremblant et furieux, dans un coin du box et, devant la porte, un corps inanimé. Le jeune cheval, paniqué, se cabra, prêt à piétiner l’intrus. Je m’approchait de lui pour le calmer tandis que Carla traînait l’homme dehors. Alors que je calmais le cheval, j’entendis Carla pousser un cri de stupeur; Elle rentra précipitamment dans le box, faisant sursauter l’équidé, et annonça :

 

            “- C’est Burman !

 

             - Quoi ? m’étonnai-je, sortant du box après avoir caressé une dernière fois la tête noire de Jéronimo. Va vite allumer la lumière, lançai-je à mon amie tandis que je fermais la porte, on y verra plus clair !”

 

            Le visage de l’homme fut presque aussitôt éclairé par une lumière beaucoup plus forte que celle de nos lampes et je sus immédiatement que Carla avait raison. C’était John Burman, le visage tuméfié, un filet de sang sur le menton. Je lui jetai un seau d’eau froide à la figure. Celui-ci se réveilla sur le coup, jurant et pestant. Nous voyant face à lui, mon “ arme” levée, prête à frapper, il se releva brusquement et s’enfuit, une Dora, aboyant férocement, à ses trousses. Mais je n’allais pas le laisser partir, oh non ! Il avait essayer de s’en prendre à mon cheval, il allait le regretter. Furieuse, je courus au box d’Ecume, la sortis, me hissai sur son dos et  la mis au galop, à la suite du fuyard. Je vis Burman, se retourner et accélérer sa course. Alors que Dora s’apprêtait à lui sauter dessus, il bondit dans une voiture stationnée là, qui partit au quart de tour.

           

 

            “ Et flûte !” pensai-je, remettant la jument au trot et appelant Dora qui revint vers moi, la queue battante.

 

            “-Alors, me demanda Carla alors que je ramenai la jument dans son box.

 

             - Il s’est enfuit ! Il avait un acolyte dans une voiture et ils se sont enfuis !

 

             - Pas de chance ! On fait quoi maintenant ?

 

              - On a intérêt à partir le plus tôt possible !

 

             - Tu crois qu’il va revenir ?

 

             - J’en sais rien, mais ils peuvent revenir avec des renforts ! En plus, il doit être furieux du coup qu’il s’est pris !

 

             - Encore heureux que ton cheval n’obéit qu’à toi !

 

             -Ca tu l’as dit ! Bon, on se change et on y va ! Dora, reste là !”

 

            Une fois à la maison, je pris le pique-nique que Marielle nous avait préparé avant de rentrer chez elle, griffonnai un mot que j’accrochai au frigo, montai dans ma chambre où nous nous changeâmes avant de redescendre et courir jusqu’à l’écurie.

 

            “- Bon, dis-je en regardant ma montre, il est 20h, on va dormir une heure chacune, l’autre montera la garde. On va aller dans le box de Jéronimo.

 

             - Si tu veux, j’commence !

 

             - Ok ! Tu me réveillera dans une heure, sauf en cas de problème, d’ac ?

 

             - D’ac !”

 

             A peine m’étais-je allongée dans un coin du box que je m’endormis immédiatement. Une heure plus tard, Carla et moi, nous échangeâmes nos rôles. Je me tenais assise, dans la paille, près de la porte tandis que Carla dormait, Dora pelotonnée à ses côtés. Une demi-heure plus tard, alors que je commençais à m’assoupir, Dora, près de moi, grogna sourdement, les poils dressés sur son échine. Je me levai, la batte à la main, face à la porte. Mais vingt minutes passèrent et il ne se passa rien. Vers 22h, après avoir réveillée Carla, j’emmenai Ecume dans l’allée, devant le box de son “poulain”, allai chercher le matériel des chevaux et nos sacs et brossai les deux chevaux avant de les seller et leur mettre licol et filet. Après avoir fixées les sacoches aux selles, nous sortîmes les chevaux, fermâmes l’écurie et nous mîmes en selle, les sacs sur le dos. Passant devant Carla, je m’éloignai, au pas, de l’écurie, Dora trottinant devant nous. Nous avançâmes ainsi jusqu’à l’aurore où, exténuées, nous nous enfonçâmes dans la forêt. Là, après avoir construit un enclos de fortune pour les chevaux, nous montâmes rapidement la tente et nous endormîmes. Vers 9h00, un peu reposés, nous reprîmes la route après avoir “cassé la croûte”, une pomme, du pain et une barre de chocolat pour Carla et moi, quelques carottes, un peu de paille et de l’orge pour les chevaux et quelques morceaux de saucisson pour Dora. Toutes les heures, je sortais la carte de ma sacoche et regardait le plan. En près de sept heures, nous avions parcourus 50 km environ, rien qu’au pas. Mais il nous restait encore 500 km à faire. Vers 13h00, nous arrivions en vue de Lisieux, une ville du Calvados. D’après la carte, une rivière longeait la ville avant de s’enfoncer dans un petit bois bordant un champ.

 

            “- Bon, on va s’arrêter dans ce bois pour manger, annonçai-je en rangeant la carte. On a jusqu’à 20h00 pour arriver au moins jusqu’à Caen ou Vire.

 

             - Tu crois que les chevaux tiendront la distance ?

 

             - Ecume, oui ! Les Arabes sont, instinctivement, très endurants ! Reste à savoir si Jéronimo à, lui aussi, cette capacité innée !”

 

            Arrivées au bois, nous déharnachâmes les chevaux, tendîmes une corde entre deux arbres et y attachâmes les chevaux. Carla surveillant les animaux, j’allais remplir un seau et l’apportait aux chevaux avant de m’asseoir à côté de Carla qui sortit le pique-nique de son sac.

 

            “- Encore heureux que Marielle nous prépare toujours des pique-niques conséquents, remarquai-je.

 

             - Ouais, on en a au moins jusqu’à demain ! Votre bonne est géniale !”

 

             Vers 14h, nous reprîmes la route. Nous faisions attention à éviter les grandes routes et les lieux très fréquentés. Heureusement, la Normandie est riche en bocages et en forêts. Vers 20h00, nous nous arrêtâmes à la lisière d’une forêt de Vire pour la nuit. Après s’être occupées des chevaux, nous délimitâmes un enclos avec les bandes électriques qui, même sans courant, suffiraient à contenir les chevaux, puis montâmes la tente dans un coin de l’enclos. Après avoir nourries les chevaux, nous fîmes un feu et prîmes chacune un sandwich et un fruit. Dora, couchée à mes pieds, rongeait un os que Marielle avait ajouté à nos affaires pour la chienne.

 

            “- Tu ne crois pas qu’on devrait couvrir les chevaux, demanda Carla. On est en hiver, les nuits sont fraîches !

 

             -T’as raison ! Ca serait dommage qu’ils tombent malades maintenant !

 

             -A ton avis, que font tes parents en ce moment ?

 

             - J’en sais rien ! Il est probable qu’ils vont appeler la police et prévenir tes parents !

 

             -Ouais ! On aura intérêt à faire plus attention !”

 

             Nous passâmes ensuite toute la nuit, à veiller deux heures chacune à tour de rôle, près de l’entrée de la tente, surveillant les alentours.

 

            Le lendemain, le camp levé, nous repartîmes vers 4h00. En une journée, hier, nous avions fait près de 123 km. Nous continuâmes notre route jusqu’à 13h00 où nous nous arrêtâmes pour manger et souffler. Toujours, nous nous occupions des chevaux avant de penser à nous. Ayant trottés sur la moitié du parcours, on avait parcourut près de 90 km. Reparties à 15h00, nous arrivâmes, cinq heures plus tard, en Ille-et-Vilaine. Une fois le camp installé dans un bois et les chevaux soignés, nous fîmes un feu et nous assîmes côte à côte.

 

            “- A partir de maintenant, ça ne va pas être une partie de plaisir, soupirai-je. On doit déjà avoir la police à nos trousses !

 

             - Sûrement, approuva Carla. Mais je ne crois pas qu’ils nous chercherons aussi loin.

 

             - Mais nous avons un avantage à présent. Je connais bien cette région, j’y ai vécu 13 ans. Le club où je montais avait organisé une randonnée à travers la Bretagne et j’avais aidée au repérage !”

 

            Ayant sortis la carte, j’ajoutai :

 

            “On aura intérêt à passer par le Nord, ça sera plus rapide !”

 

            Vers minuit, je fus réveillée par Carla qui me montra Dora du doigt. Celle-ci, tendue, grognait près de l’ouverture de la  tente. Munie d’une lampe et d’un bâton, je sortis dans l’enclos, accompagnée de Dora, éclairant tout autour de moi avec ma lampe. brusquement, Dora s’élança vers un coin du pré, opposé à l’endroit où se tenaient les deux chevaux, tremblants et inquiets. A ce moment-là, j’entendis un aboiement, suivis d’un juron puis :

 

            “- Encore ce foutus clébard !

 

             -On dégage, lança une autre voix.”

 

            Je vis alors deux hommes s’enfuir puis, peu après, une voiture s’éloigna rapidement.

 

            “- Y’avait quelqu’un dans l’enclos, lançai-je à Carla.

 

             - Et si c’était encore Burman ?

 

            - Non ! Il n’aurait pas..., à moins que..., réfléchissait-je en ouvrant les sacs.

 

             - Qu’est-ce que tu fais ?

 

             - Tu te rappelles la nuit dans le box ? Et ben, à un moment, Dora a entendu quelque chose mais, rien, à première vue ne s’est passé, et..., commençai-je en vidant les sacs.

 

             - Et quoi ?

 

             - J’en était sûre, lançai-je, une petite boîte noire à la main, ils avaient mis un émetteur dans un des sacs pour pouvoir nous suivre à la trace !

 

            - D’accord ! Mais, dans ce cas, pourquoi ne sont-ils pas intervenus plus tôt ?

 

            - Ils pensaient qu’on serait sur nos gardes. Tiens, regarde ce que je vais en faire, m’exclamai-je en courant jusqu’à un cours d’eau passant à 50 m de l’enclos et y jetai l’appareil. Celui-ci grésilla, court-circuité, avant de disparaître dans l’eau. Bon débarras !

 

             - Oui, mais maintenant, ils savent qu’on est là !” remarqua Carla alors que nous retournions à la tente.

 

             Pendant mon tour de veille, assise face au feu, enveloppée d’une couverture, Dora couchée à côté de moi et un bâton à portée de main, je réfléchissais à tous les évènements. La remarque de Carla “ils savent qu’on est là” me revint alors à l’esprit. Et si c’était réellement Burman. Mais c’était impossible ! Et pourtant... ! L’une des paroles des deux intrus n’était pas “encore ce foutus clébard !” ? Lui seul avait déjà eu affaire à Dora. Deux autres questions me trottaient dans la tête : Comment s’était-il procuré l’émetteur et où avais-je déjà vu son portrait ? c’était dans un magazine sur l’équitation et... . Un souffle tiède dans mon cou interrompit alors mes réflexions. Je tendis la main derrière moi et frôlai un bout de nez fin aux naseaux ciselés.

 

            “ Alors, ma belle, murmurai-je, toi non plus tu ne dors pas ?”

 

            La jument, comme pour me répondre, s’ébroua.

 

            “ Sacré soirée, hein ?” lui demandai-je, la main posée sur sa tête blanche.

 

             Ayant sifflée, un hennissement sourd me répondit et Jéronimo vint vers Ecume et moi au petit trot. Tous deux avaient une couverture sur le dos et les membres protégés par des bandes.

 

            “ Pas trop fatigués tous les deux ?”

 

            Les deux chevaux s’ébrouèrent.

 

            “ Ok, rigolai-je, vous êtes pas contrariant ! Allez, essayez de dormir, on a encore du chemin à faire.”

 

 

            Le lendemain, nous reprîmes la route vers 4h00. Vers midi, tandis que nous marchions le long d’un chemin de terre, j’aperçu un cavalier et sa monture à l’autre bout du chemin. Nous ayant aperçues, le cavalier mit son cheval au trot et nous rejoignit. Le cavalier, qui était en fait une cavalière, s’adressa alors à nous :

 

            “- J’parie que vous êtes les deux fugueuses ! On ne parle que de vous dans les journaux !

 

             - Qu’est-ce que ça peut te faire ?

 

             - Oh rien ! Mais je voulais savoir si je pouvais me joindre à vous ! J’admire ce que vous avez fait pour vos chevaux !

 

             - Heu..., hésitai-je, trouvant qu’elle en faisait un peu trop. Bon, si tu y tiens !

 

             - Merci ! Au fait, j’m’appelle... Léna et lui, Einstein, mon cheval. Et vous, vous êtes Cécilia et Carla !”

 

            Tandis qu’elle parlait, je l’observai plus en détail ! Ses longs cheveux blonds encadraient un visage à la peau claire. Avec ses yeux bleus pétillants de malices, elle ne donnait pas l’impression d’être “mauvaise”. Sa monture, elle, paraissait plutôt fougueuse, un peu trop d’ailleurs pour un cheval de balade. Einstein était bai, marron foncé avec des crins noirs, et portait la tête haute, révélant, en plus d’une taille assez modeste, une influence arabe, et il semblait ne pas apprécier le mors.

 

            “- Quel âge as-tu, l’interrompit Carla.

 

             - Dix-sept ans !

 

             - Et d’où viens-tu ?

 

             - D’un petit village voisin de Nantes.

 

             - De Nantes, m’étonnai-je. T’es pas assez équipée pour quelqu’un qui vient de Nantes.

 

             - Euh,... Ben ça me suffit ! Et vous allez où comme ça, demanda-t-elle, changeant de sujet.

 

             - On va..., commença Carla.

 

             - On va dans les Côtes d’Armor!” intervins-je, tout en lançant un regard à Carla pour lui faire comprendre qu’il ne fallait rien lui dire. Au passage, j’aperçus l’expression surprise de Léna, elle avait comprit que je ne disais pas tout à fait la vérité. Nous étant arrêtées dans un petit village à environ cinq km à l’ouest de Vannes, nous allâmes nous acheter de quoi manger dans un fast-food. Pendant qu’on surveillait les trois chevaux, Léna était rentrée dans la boutique. Quand elle revint, elle n’arrêta pas de nous raconter sa vie. Quand nous nous remîmes en route, nous avions appris qu’elle était fille unique, qu’elle était en pension dans un lycée nantais, qu’elle montait à cheval depuis deux ans, que Einstein était le cheval de Laurent, son cousin, qu’elle était végétarienne et qu’elle voulait devenir dentiste ou coiffeuse. Au bout de deux heures de route, agacée par son bla-bla, Carla lui lança :

 

            “- Tu pourrai pas te taire un peu ?

 

             - Pourquoi, ça vous intéresse pas ?

 

             - Non, à peine, ironisai-je. Je parie que ton dernier cours de philo serait sûrement plus intéressant.

 

             - Ah !” répondit-elle, avant de recommencer son bla-bla.

 

            Finalement, vers 20h00, quand nous nous arrêtâmes pour passer la nuit, Carla et moi avions la tête comme une pastèque. Nous nous étions installées dans un petit bois, près d’un champ de maïs, encadré de barrières blanches le long desquelles coulait un petit ruisseau.

 

            “- Quelqu’un veut manger du maïs ?

 

             -Ouais, j’veux bien, s’exclamèrent Carla et Léna.

 

             - D’accord. Dora, viens !

 

             - Tu veux que Fino t’accompagnes ?

 

             - Fino ? s’étonna Carla.

 

             - Ben oui, mon caniche ! J’l’avais mis dans mon sac car il n’aime pas trop marcher.

 

             -Euh, non, non, c’est bon, j’ai déjà ma chienne ! ” répondis-je tandis qu’une petite tête blanche émergeait du sac à dos de Léna.

 

            Quand je revins, une dizaine d’épis dans les bras, Fino semblait s’être bien installé sur ma couverture. Ayant, gentiment, chassé le toutou, je mis quelques épis dans les braises et m’assit sur ma couverture. Ayant profité de notre halte pour nous réapprovisionner, nous avions mis sur une branche, en travers du feu, un poulet que nous avions achetées et que Léna faisait tourner au-dessus des flammes. Les chevaux aussi profitaient de nos achats. En effet, j’en avais profitée pour prendre quelques carottes et des pommes.

 

            Vers 23h00, pendant que les filles dormaient, j’ouvris le sac de Léna, le vidai près du feu et en regardai le contenu, étalé sur le sol : une boîte de croquettes, une bouteille, un sandwich à moitié mangé ( beurk !), un sac en plastique et c’est tout. Mais alors que je remettais tout dans le sac, je sentis un renflement et, en observant l’intérieur du sac à cet endroit, je découvris une poche intérieure, fermée, que j’ouvris. J’y trouvai une boîte, une sorte de baladeur, un talkie-walkie et une cassette. En ouvrant la boîte, je m’attendais à y trouver des bijoux, ou des trucs de ce genre mais certainement pas du matériel électronique. En effet, la boîte contenait, entre autres, quelques diodes, un tournevis, des résistances et deux piles. Surprise, je la rangeai à sa place et allai me coucher, après avoir réveillé Léna. Une fois, celle-ci sortit, je réveillai Carla et lui racontai ce que j’avais trouvé dans le sac de Léna. A peine avais-je commencer à parler de la poche cachée, j’aperçus une tête blanche pointer à l’ouverture de la tente, Fino. Celui-ci vint alors s’allonger près de nous. Méfiante, je changeai de sujet.

 

            “-Tu crois qu’on arrivera dans les délais ?” demandai-je.

 

             Devant la tête étonnée de Carla, je  lui adressai un signe de tête pour lui faire comprendre de ne pas poser de questions.

 

            “- Alors ?

 

             - J’en sais rien, répondit-elle, entrant dans le jeu. On a fait le plus gros alors on devrait arriver demain.

 

             - Ouais ! Bon, il est tard, bonne nuit !”

 

            Mais dix minutes plus tard, je me réveillai en sursaut pour découvrir Fino me léchant les doigts. Tout était silencieux. J’entendais seulement la respiration régulière de mon amie et, de temps à autre, le crépitement des  flammes ou un bref hennissement. Fino vint ensuite vers moi et s’assit près de ma tête. Alors que je le caressai, je vis, à son collier, un petit grelot mais, curieusement, il ne tintait pas. Etonnée, j’enlevai le collier  et, ayant ôté l’objet, l’observai au creux de ma main. Je remis ensuite le collier au caniche et lui donnait une tranche de saucisson qu’il prit dans sa gueule et sortit, la queue battante, de la tente. Je continuai alors à observer le grelot, j’appuyai sur une des soudures de l’objet qui s’ouvrit. Son contenu me stupéfia. Au lieu d’un petit grelot, se trouvait une petite bille alvéolée, ressemblant à un micro mais miniaturisé. Ca concordait avec ce que j’avais vu dans le sac de Léna.

 

            “Qui es-tu ?” murmurai-je en refermant le grelot et en le rangeant au fond de mon sac.

 

            Quand vint le tour de Carla, et une fois Léna bien endormie, je me levai et rejoignit Carla dehors. Nous nous éloignâmes alors du campement, accompagnées de Dora.

 

            “- Alors, qu’est-ce qui se passe, me demanda Carla.

 

             - D’abord, que penses-tu de Léna ?

 

             - Elle est sympa mais sacrément bavarde. Pourquoi ?

 

             - Elle nous espionnait. Fino avait un micro caché dans son grelot.

 

             - Hein ? Qu’est-ce qui te permet de dire ça ? Et qu’as-tu fais du grelot ?

 

             - J’l’ai enlevé et, pour te le prouver, on peut...”

           

            Crac ! Un craquement retentit alors, à tout juste cinquante mètre de nous. Je me retournai et aperçus cinq paires d’yeux brillants dans les bosquets environnants. Une des bêtes avança, curieuse. La pâle lueur de la lune éclaira alors l’animal au poil gris et hirsute, un loup. Nous étions entourées par une meute de loup.

 

            “- Oh non ! gémis-je. Carla, c’est des loups !

 

             - Oh mon dieu !”

 

            Au moment où la meute s’avançait vers nous, les oreilles pointées vers nous,  une série de lumière les fit sursauter. Finalement, ils partirent. Carla et moi, nous dirigeâmes alors vers la tente. Dora, jusqu’à là silencieuse, impressionnée par les loups, se déchaîna tout d’un coup et fila vers le campement.

 

            “ Vite, rentrons !” murmurai-je, entraînant mon amie à ma suite.

 

            Mais, en arrivant au camp, je compris avec horreur la réaction de Dora. En effet, deux hommes se tenaient dans l’enclos. Je reconnu rapidement l’un d’eux, gros et trapu, John Burman. L’autre, grand et mince, au teint pâle, m’était inconnu. M’étant arrêtée sous l’effet de la surprise, je pris une grosse branche traînant par terre et m’élançait vers les intrus au moment où Jéronimo, apeuré, se pointa de toute sa hauteur, menaçant. Dora se jeta alors sur Burman. Un “boulet blanc”, Fino, se jeta alors dans la mêlée, sautant sur Burman qui, furieux, se dirigeait vers moi, menaçant, une arme à la main.      

 

 L’acolyte de Burman lâcha ce qu’il tenait à la main et s’enfuit, suivit par Burman traînant Fino, refusant férocement de lâcher le pantalon de sa victime qui se retourna ver le chien et fit feu. Le chien gémit et lâcha prise. Un silence de mort s’abattit alors sur le campement tandis que les deux hommes s’enfuyaient et que je restais immobile. Balayant les alentour avec ma lampe, j’arrêtai le faisceau sur une forme blanche, inerte, gisant dans une flaque de sang.

 

            “Fino !” m’écriai-je en me précipitant vers le chien, son pelage blanc maculé de sang, et constatait, avec horreur, qu’il ne respirait plus. La balle l’avait atteint à la base de la nuque, lui brisant les cervicales. Il était mort sur le coup. Je le pris dans mes bras et retournai vers Carla.

 

            “- On s’en va ! Il nous a retrouvé ! Réveille Léna ! Moi je prépare les chevaux.

 

             - Ok ! Comment va Fino ?

 

             - Il est... mort !

 

             - Quoi ?

 

             - Dépêche toi et emmène Fino à Léna !” lui lançai-je en lui tendant le corps sans vie du chien.

 

            A peine avait-elle prit le chien que je courrai vers les chevaux pour les préparer. Alors que je sellai Einstein, j’entendis un crissement. Eclairant le sol avec ma lampe, je découvris des morceaux de verre brisé, ainsi qu’une aiguille, intacte. J’en avais suffisamment vu pour savoir ce que c’était ! Une seringue ! L’homme l’avait lâché en s’enfuyant !

 

            Ayant attaché les chevaux, j’enlevai les bandes délimitant l’enclos tandis que les filles finissaient de démonter la tente.

 

            Dix minutes plus tard, nous étions en route, silencieuses.

 

             Avant de partir, nous avions creusées un trou dans la terre et y avions mis le chien. Nous avions toutes les larmes aux yeux.

 

            “- Pauvre Fino, murmura Léna, rompant le silence. Il était si obéissant !

 

             - Je suis désolée pour ton chien !

 

             - Il a attaqué pour nous défendre, ajouta Carla. S’il n’avait pas mordu Burman...

 

             - Et si on s’était pas éloigner du camp...

 

             - Avec des “si”, on pourrait changer le monde, intervint Léna. C’est fait, on ne peut rien y changer !

 

             - Ouais !”

 

            Après cinq heures de route, toujours vers l’ouest, nous nous arrêtâmes pour souffler. Ayant jeté un coup d’œil à la carte, je lançai :

 

            “ Si on continue à ce train, on arrivera ce soir à destination.”

 

            Etant reparties, j’étais plongée dans mes réflexions quand Carla intervint :

 

            “- Ca fait un moment qu’elle nous suis cette voiture !

 

             - Quoi, m’étonnai-je en me retournant. Elle me dit quelque chose cette voiture, on dirait celle de... Oh, non ! Allez, on accélère !”

 

             La voiture, un tout terrain gris métallisé suivie par une moto, accéléra à son tour et j’eus alors la confirmation de mes craintes. John et ses copains nous poursuivaient.

 

             “- A droite toute ! hurlai-je. Dans les bois, on pourra peut-être les semer !”

 

             Les chevaux paniqués prirent le galop. Jéronimo en tête, nous fonçâmes vers la forêt. Nous passâmes dans un petit ruisseau, suivies, à deux cent mètres, par la voiture.

 

            “- Ils gagnent du terrain, s’écria Carla.

 

             - Allez, on arrive bientôt dans la forêt !”

 

            Effectivement, alors que la voiture n’était plus qu’à cent mètres, nous pénétrâmes dans un sentier forestier, au grand galop. Brusquement, j’entendis quelque chose siffler à mon oreille.

 

            “ Ils nous tirent dessus !” cria Léna.

 

            Me retournant, je vis Burman, penché à la fenêtre ouverte, un pistolet à la main. La voiture n’étant plus qu’à cinquante mètres de nous, je pouvait voir son visage tendu, concentré sur ses cibles. Je tournai alors vers la gauche, obliquant vers des sous-bois plus épais. Jéronimo accéléra encore. Les filles, elles, tournèrent à droite, suivies par Dora. La voiture, trop grosse, ne pouvant passer entre les arbres, abandonna la chasse mais la moto, elle, continua sa route, en me suivant, laissant les filles tranquilles.

 

            “ Heureusement que c’est moi qu’ils poursuivent, pensais-je. Jéronimo est le plus rapide des trois !”

 

            Me retournant, je vis que la moto gagnait rapidement du terrain. Regardant de nouveau devant moi, je découvris alors, à dix mètres dans un virage, un gros tronc d’arbre tombé en travers du chemin. La moto ne pourrait pas le passer. Je menai donc mon cheval vers l’obstacle, le poussai encore et m’assit dans la selle, priant pour que Jéronimo ne s’arrête pas devant le tronc car sinon... Cette pensée me donna encore plus de courage. Serrant mes jambes, je poussai encore Jéronimo qui, les oreilles pointées vers l’avant, se dirigeait vers l’obstacle. la distance me séparant du saut diminuait rapidement. neuf mètres, cinq mètres. Brusquement, au moment où la moto, accélérant, s’apprêtait à me rattraper. je sentis le cheval prendre son appel. M’étant mise en équilibre, je suivie sans problème le saut tandis que le cheval franchissait aisément le tronc. De l’autre côté, me retournant, je vis la moto heurter le tronc. Le motard fut projeté de l’autre côté du tronc. Ca allait occuper nos poursuivants !

            Ayant calmé ma monture, quelques mètres plus loin, je parvins à la remettre au trot puis au pas !

 

            “T’as été génial ! lançai-je à mon cheval en caressant son encolure blanche de sueur. Bon, maintenant, faut retrouver les filles !”

 

            Finalement, je les retrouvais cinq minutes plus tard, près de la route.

 

            “- Ouah, le saut de Jéronimo était magnifique, s’exclama Carla alors que nous reprenions notre chemin, on a vu la scène de loin ! Heureusement qu’il est bon en saut ! Sinon, le gars s’en sors bien ! Son casque lui a sauvé la vie ! Il s’est relevé deux minutes plus tard !

 

             - J’suis pas sûre que ce soit une bonne nouvelle !” remarquai-je, un peu mal à l’aise.

 

            Vers 11h00, nous vîmes un grand panneau sur lequel on pouvait lire :

 

BIENVENUE

DANS

LE FINISTERE

NORD

 

            “ Le Finistère ?” s’étonna Léna.

 

            Je fut rapidement rassurée. D’abord, John n’avait pas l’air de continuer à nous poursuivre, bien que je me demande comment ils avaient pu nous trouver. Ensuite, je connaissait bien le coin et je savais qu’on arriverait bientôt à destination. Nous fîmes une brève halte pour nous restaurer puis reprîmes la route. Arrivées, vers 17h00, près de Bourg-Blanc, je lançai, joyeusement :

 

            “- Plus qu’une heure de route et on y sera !

 

             -Où ça, demanda Léna.

 

             - Tu verras bien quand on y sera, lui répondis-je sèchement.

 

             - Ils sont prévenus de notre arrivée ?

 

             - Oui !”

 

            Plus, le temps passait, plus je venait  à croire que Léna nous trahissait ! D’abord, son équipement, ensuite, alors qu’on semblait débarrassées de nos poursuivants, ils revenaient à la charge.

           

            Lorsque nous arrivâmes dans des bois que je ne connaissait que trop bien, les ayant parcourus de long en large, l’année précédente, lors des grandes vacances, je reprit ma bonne humeur ! Nous avions encore une grande route à traverser avant de pénétrer dans les bois du club ! Ecume et Jéronimo, connaissant les lieux car je les y avais emmener pendant les vacances, s’animèrent.

 

            “- On y est, m’exclamai-je, une fois la route traversée.

 

             - Bon, vas-tu enfin me dire où on est exactement, demanda Léna.

 

             - On est en Bretagne, lançai-je.

 

             - Non, sans blague, j’l’avais pas remarquer ! Bon, t’as finis de mentir !

 

             - Et toi, tu ne mens pas peut-être, m’écriai-je en me retournant.

 

             - Qu’est-ce que...

 

             - Ouais, je sais que tu nous racontes des mensonges depuis le début ! Tu n’est pas de Nantes ! N’est-ce pas... Linda Clarke !

 

             - Qu’est-ce que tu racontes ?” demanda Carla, étonnée.

 

            devant le changement d’expression de “Léna”, je compris que j’avais vu juste.

 

            “- Comment connais-tu mon nom ?

 

             - Il y a deux mois, j’ai vu un article sur toi dans le journal ! Je viens juste de m’en rappeler ! Alors, que comptiez-vous faire de mes chevaux, tes amis et toi ? Les vendre ?

 

             - Euh, c’est pas...

 

             - Ou alors...

 

            - Laisse moi m’expliquer au moins, cria-t-elle. Bon voilà ! En réalité, je m’appelle Linda, comme tu l’as devinée. Mais, je suis de la police ! On a parlé de moi dans les journaux car j’étais la plus jeune stagiaire à avoir été recrutée dans la police depuis des années ! Quand vous avez détruit l’émetteur que l’un de mes collègues avait caché dans un de vos sacs...

 

             - Pourquoi nous surveilliez-vous, intervint Carla.

 

             - Ben, depuis un moment, le trafic de chevaux volés était en évolution dans la région. Quand le père de ton amie a décider de vendre ses chevaux, la plupart racés, nous étions sûrs que les voleurs allaient se manifester et nous comptions les arrêter en nous cachant près des écuries. Quand on vous a vu emmener des sacs à dos à l’écurie, nous avons supposé que vous vouliez faire une balade. Et, pour pouvoir vous suivre et surveillez vos chevaux, on a mis  un émetteur dans un des sacs après avoir vu l’une de vous, je crois que c’était Cécilia, se lancer sur la jument blanche, à la poursuite d’un homme qui s’enfuyait ! Le temps qu’on intervienne, il s’était volatilisé ! Nous n’avions pas vu la voiture ! Après, on ne vous a pas vu partir ! Et quand vous avez détruit l’appareil, j’ai été charger de m’introduire dans votre groupe pour vous surveillez ! On ne savait pas que vous aviez décider de fuguer ! J’ai compris que j’étais en partie démasquer quand j’ai découvert que Fino n’avait plus son grelot ! J’ai cependant continuée à jouer le jeu ! Pour essayer d’en apprendre plus sur ces trafiquants  de chevaux !

 

            - Burman est en fait un maquignon, m’exclamai-je, en me rappelant alors de quoi parlait l’article sur Burman. Il a été arrêté il y a deux ans pour vol de chevaux puis remis en liberté pour bonne conduite. Il s’est alors associé avec d’autres voleurs. Les maquignons, ajoutai-je à l’adresse de Carla, moins renseignées que moi sur ces sujets, volent les chevaux et les revendent, généralement dans les boucheries où les tatouages des chevaux ne sont pas vérifiés ! Ainsi, ils peuvent expédier, à un très bon prix, un animal qu’ils n’auraient pas pu vendre autrement, à cause du tatouage !

 

            - Ah ! Et ils sont tatoués où les chevaux ?

 

            - A la lèvre ! Mes deux chevaux étant tatoués, ils auraient finis à l’abattoir !

 

            - Maintenant, grâce à vous, on pourra identifier les membres de la bande !

 

             - Génial, soupirai-je. J’ai une idée ! Et si, ce soir, on leur tendait un piège ?

 

             - Ouais, bonne idée ! Tu sais que la police cherche des jeunes comme toi, perspicaces et intelligents !

 

             - Moi ? Oh non merci ! Même dans la police montée, je refuserai d’y travailler !

 

             - Ouais, t’as peut-être pas tort ! Bien que l’idée de faire parti de la police à cheval, c’est pas bête ! Il faudra que je demande à me faire transférer dans ce “rayon” ! Bon, alors on est où ?

 

             - Ben, on est dans un petit village dans le Finistère Nord, entre Lannilis et Ploudalmézeau. Le lieu où on est attendues, c’est un centre équestre !

 

             - Et comment connais-tu cet endroit ?

 

             - J’ai vécut dans la commune voisine jusqu’à mes treize ans puis on a déménager en Normandie mais on revenait, avec les chevaux, pour les vacances !”

 

            Nous sortîmes alors de la forêt et débouchâmes sur un chemin de terre. Le long duquel s’étendaient des champs où broutaient des chevaux qui, intrigués par les nouveaux venus, s’approchaient des clôtures pour faire connaissance. Je connaissais la plupart d’entre eux mais il y avait quelques nouveaux. A l’extrémité du chemin, se découpait la silhouette majestueuse d’un manoir. Nous le contournâmes et arrivâmes à la carrière et aux écuries. Dans la carrière, vaste espace clôturé et sablé, des chevaux évoluaient aux différentes allures. Je reconnu deux amies qui montaient dans le cours se déroulant dans la carrière.

 

            “- Cécilia, s’étonna l’une d’elle en m’apercevant, tu ne m’avais pas dit que tu venais !

 

             - Euh, je t’expliquerai plus tard, Laure, ça serait trop long de tout te raconter maintenant !

 

             - D’accord ! A plus tard !”

 

             Mettant pied à terre, j’allais voir un des propriétaires du manoir pour lui demander où on pouvait installer nos chevaux. Il nous indiqua l’écurie secondaire où ils avaient préparés des stalles pour nos montures. Une fois les chevaux soignés, nous allâmes nous promener dans le club. Après avoir traversé l’écurie principale, nous nous dirigeâmes vers la carrière où mes amies faisaient du dressage. Alors que nous allions nous accouder à la barrière, les cavaliers faisaient faire des exercices assez complexe à leurs chevaux, enchaînant figure sur figure. Le chien du club, vint vers nous, curieux, mais n’ayant rien à lui donner, il retourna rapidement près de l’écurie. Finalement, après avoir fait marcher les chevaux rênes longues, les cavaliers les ramenèrent à l’écurie tandis que Carla, Léna et moi, Dora sur les talons, nous suivîmes Laure alors qu’elle ramenait sa monture, un poney gris, dans son box. Nous l’aidâmes à déharnacher sa monture puis, pendant que Carla rapportait les affaires de l’animal à la sellerie, Laure brossa le poney, le récompensa et sortit. Après s’être assurée qu’elle avait bien fermé le loquet de la porte, elle nous proposa :

 

            “- Si on allait au bar, tu pourrai me raconter comment ça se fait que tu soit là alors que tu ne devais pas venir, normalement !

 

             - D’accord ! Mais allons chercher Maria avant !

 

             - J’vais la chercher, lança Carla en sortant. Euh, elle avait qui ? demanda-t-elle en revenant.

 

             - C’est juste en face ! précisa Laure.

 

             - Ok !  puis elle ajouta, traversant l’allée centrale. Maria, ça te dirai de venir avec Cécilia, une amie, Laure et moi au bar ?

 

             - Carla ? Mais qu’est-ce que tu fais là ?

 

             - Justement, on vous expliquera !

 

             - D’accord, j’vous rejoint !

 

             - Alors, il est comment, le cheval que tu montais ? demandai-je à Laure alors que nous nous sortions de l’écurie.

 

             - Il est plutôt agréable mais il est encore jeune et reste assez imprévisible.”

 

            Arrivées au bar, nous croisâmes le moniteur, alors qu’il sortait pour faire la reprise suivante. Après avoir acheté des cocas, nous nous installâmes au fond de la salle pour discuter. De là, on voyait toute la carrière.

 

            “- Alors… ? commença Laure.

 

             - Avant tout, je vous présente Léna, on l’a rencontrée en cours de route.

 

             - Ca va Léna ? Moi c’est Laure et elle, Maria.

 

             - D’accord ! Mais ça ne nous explique pas votre arrivée, ici et à cheval, alors que tu nous avais dit que vous ne veniez pas ! intervint Maria.

 

              - Bon, en faite on s’est enfuie, Carla et moi, après que mes parents nous aient annoncées que nous allions partir au Canada en vendant les chevaux. Parmi les acheteurs, pas un seul ne se montrait digne d’eux alors j’en ai eu assez et on est partit avec Ecume et Jéronimo.

 

             - Tu nous le montrera ?

 

             - Ben, si vous voulez !

 

             - Ouais ! Et ensuite ?

 

             - Ensuite, notre départ a été avancé car on a été un peu bousculées par des voleurs de chevaux et... !

 

             - Des voleurs de chevaux, s’étonna Maria. Mais...?

 

             - Ils nous ont poursuivis sur tout le trajet mais, après une course-poursuite dans les bois, on a réussit, pour l’instant, à les semer.

 

             - Et qu’est-ce que vous allez faire ?

 

             - Bah, on comptait leurs tendre un piège, ici, pour les prendre sur les faits !

 

             - Mais comment ? il faudrait que la police vous accompagne !

 

             - Oh, pour ça, c’est déjà fait. Hein, Léna ?

 

             - Quel est le rapport entre Léna et la police ?

 

             - Léna s’est révélée être de la police, elle et ses collègues nous suivent depuis le début ! Est-ce que je me trompe ? ajoutai-je en me tournant vers elle.

 

             - Non, tu as entièrement raison !

 

             - Alors, pourquoi ne sont-ils pas intervenues dans les bois ?

 

             - Parce que, primo, ils n’étaient pas en place quand ça arrivait et que, deuzio, ils savaient que j’étais armée et que je pouvait intervenir si...

 

             - Tu as une arme ? Pourquoi tu t’en ai jamais servie ?

 

             - Parce qu’elle était tout au fond de mon sac, dans un double fond et que j’ai jamais eu le temps de la sortir !

 

             - D’accord… ! Enfin, dans tout ça, on est arrivées ici, et on va les avoir !

 

             - Ouais, mais il faudrait prévenir les proprios !

 

             - On n’a qu’à le faire, il est au manège poney !

 

             - Ouais ! Comme ça, on pourra aller voir tes chevaux !

 

             - Ok ! On y va ! Tu viens avec nous Léna ?

 

             - Non, j’vais avertir les autres pour qu’ils soient près à intervenir ce soir et qu’ils fassent savoir aux voleurs que nous somme là !

 

             - Bon ! Ben, à plus !”

 

            Nous courûmes jusqu’au manège, espace sablé couvert. Mais ce dernier faisant une reprise, il nous dit de revenir le voir après. Nous allâmes donc à l’écurie voisine, celle où les trois chevaux étaient installés !

 

            “- Alors, c’est lui le cheval qui a causé tant de difficultés, quand tu l’as fait débourré ?

 

             - Ouais ! Mais maintenant, avec moi du moins, il est doux comme un agneau !

 

             - Sa robe est plus foncée que l’année dernière. Il était plutôt chocolat mais maintenant, il est noir de chez noir.

 

             - Il n’a pas l’air trop fatigué !

 

             - Il est très endurant à priori !

 

             - Et Ecume, elle n’a pas changée d’un poil, fit remarquer Maria. Toujours aussi grise et aussi affectueuse que l’année dernière.

 

             - Et lui, c’est qui ?

 

             - Einstein, la monture de Léna !

 

             - Einstein ? Il a pas l’air de savoir additionné deux et deux, s’étonna Laure en pouffant.

 

             - Bah, tu crois que Jéronimo sais tirer à l’arc ou chasser le bison ?

 

             - Peut-être, il serait capable de le faire !

 

             - N’importe quoi !

 

             - Hum ! Au fait, tu reste jusqu’à quand ?

 

             - J’en sais rien ! Probablement jusqu’à ce que mes parents viennent nous chercher, et me punissent jusqu’à mes cinquante ans, au moins !

 

             - Ouais ! Quand mes parents vont savoir ça, ça va pas être ma fête non plus, approuva Carla.

 

             - Les poneys rentrent, il doit avoir finit !

 

             - Allez, on va le voir !”

 

             Un quart d’heure plus tard, lui ayant tout expliqué, il nous donna son accord pour qu’on utilise le pré près de la forêt, là où il serait possible de s’embusquer en attendant ! L’ayant remercié, nous rentrâmes les chevaux qui se trouvait dans ce pré, qui était aussi le terrain de fond, avec des obstacles naturels, et observâmes le terrain. Avec toutes ces troncs et la butte plus le muret qui entourait le pré, il y aurait suffisamment de planque. Léna nous ayant rejoint avec un de ses amis, nous leurs expliquâmes le plan. Le policier nous répondit qu’ils seraient en place vers 21h00. Ce qui nous laissait une heure pour tout préparer.

 

            Pendant ce délai, Laure et Maria téléphonèrent à leurs parents pour leur dire qu’elles allaient dormir l’une chez l’autre. Les parents leurs répondirent juste d’être polie et qu’ils les reprendraient le lendemain, au club. Nous allâmes ensuite à la crêperie du club. Après avoir dînées, nous sortîmes toutes les quatre et emmenâmes Ecume, Einstein et Jéronimo dans le champ puis, ne voyant personne dans les environs, nous nous cachâmes derrière un des obstacles, Dora couchée à côté de Carla. Nous étions toutes “ armées” : grosses branches, cravaches,... et des lampes de poches. Je regardai ma montre : 21h20.

 

            “- Bon, ils doivent être en place !

 

             - Ouais ! Espérons, chuchota Laure, assise à côté de moi.

 

             - Sois pas si pessimiste !” lui lança Maria.

 

            22h10 : rien !

 

            22h40 : rien !

 

            23h30 : toujours rien ! Carla, Laure et Maria s’étaient assoupies ! Moi, je continuai à jeter régulièrement un coup d’œil !

 

            Minuit : Néant !

 

            “ Ils viendront pas ! Dom....”

 

            Crac ! un craquement se fit entendre. Suivi de chuchotements ! Je réveillai les filles.

 

            “- Complètement idiote ces gamines, laissez leurs chevaux sans surveillance... !

 

             - Elles devaient croire qu’elles s’étaient débarrassées de nous !

 

             - Certainement ! Mais, au moins, ça nous facilite la tâche !

 

             - C’est ce que vous croyez, lançai-je en me redressant, ma torche allumée et pointée vers eux. Dora, attaque !”

 

            La chienne bondit sur Burman qui tomba en arrière mais les policiers n’intervenaient pas !

 

            “Je parie que ces incapables n’étaient pas en place, comme d’habitude !” murmurai-je.

 

            Maria et Laure se précipitèrent vers Burman, plaqué au sol par Dora et lui attachèrent les mains et les pieds avec de la corde qu’on utilise pour attacher les blocs de foins ou de paille et qui sont très résistante. Pendant ce temps, son complice s’enfuyait, tenant Carla,  mais c’était sans compter avec Jéronimo ! L’homme s’arrêta net quand une silhouette noire arriva, au galop, face à lui, les oreilles couchées puis, s’étant arrêté brutalement, il se cabra. Le bonhomme, effrayé, lâcha Carla et sortit une arme, en tremblant, et la pointa vers le cheval !

 

            “ Non !” hurlai-je. Mais Ecume arriva à son tour, chargeant l’homme au grand galop et le heurta de plein fouet ! Il s’écroula et retomba, son tir dévié, sans connaissance par terre ! Je me dépêchai de le ligoter, tout en m’assurant qu’il respirait encore. Les chevaux, au lieu de se calmer, s’agitaient de plus en plus. Je vis alors un troisième homme s’enfuir !

 

            “Flûte, m’écriai-je, ils étaient trois !”

 

            Je courus alors vers Jéronimo et empoignant sa crinière, je me hissai sur son dos et le lançai au galop derrière l’homme qui se réfugia derrière le mur de clôture. Malheureusement pour lui, Jéronimo, furieux, franchit le mur. Le bonhomme s’élança alors vers une voiture, garée, tout feu éteint, un peu plus loin. Il s’y engouffra et voulut mettre le contact, mais alors :

 

            “Merde, où sont ces satanées clés ?” râla-t-il. Il voulut sortir mais Jéronimo venait de s’arrêter devant la porte, il ne put sortir. Il se retrouva coincé dans la voiture.

 

            “- Carla, appelles la police !

 

             - C’est pas la peine, lança une voix que je reconnue immédiatement, Léna. On est là !

 

             - Et, ben ! C’était pas trop tôt !

 

             - Désolée ! Mais le chef, ignorant tout, avait organisé une assemblée et tout le monde devait être présent. On a réussit à se sauver en douce !

 

            - Mouais ! Les filles, emmenez les paquets !”

 

            Les filles arrivèrent alors, poussant deux des hommes, ligotés, tandis que les policiers firent sortirent le troisième homme, les mains en l’air.

 

            “- Et ben, vous vous en êtes bien tirées à ce que je vois ! Mais ça aurait pu être très dangereux, nous sermonna l’un des policiers.

 

             - Hé, je le connais cet homme, s’exclama Laure en montrant l’homme mince et pâle qu’on avait souvent aperçut avec Burman, c’est Bill Levin, un vétérinaire qui à été radié des champs de courses.

 

            - Lui, fit remarqué un des policier en montrant John, c’est Juann Bhorm. John Burman est un anagramme de son vrai nom. Tout comme Roman Jnubh. Il a été arrêté plusieurs fois pour trafique de chevaux mais, la plupart du temps, nous n’avons jamais réussit à prouver ses méfaits et a été relâché. Une fois, ses activités ont été prouvées mais il a été remit en liberté pour bonne conduite.

 

            - Allez, en route, direction le commissariat, lança un autre flic. Et vous aussi, jeunes filles !

 

            - Je crois qu’elles feraient mieux de rentrer leurs chevaux et d’aller se coucher, intervint Léna, elles ont passées une sacrée semaine !

 

             -Bon ! Ca va pour ce soir ! Mais, Linda, je les veux toutes les quatre au commissariat pour explication !

 

             - D’accord ! Je te les emmènerai !”

 

            Les policiers partirent avec les trois hommes tandis que Léna nous aida à raccompagner les chevaux et nous emmena chez son frère, habitant près du manoir, pour y passer la nuit !

 

            Le lendemain, dès 8h00, nous nous retrouvâmes au commissariat où nous expliquâmes tout aux policiers ! Ils nous libérèrent vers midi et nous fûmes aussitôt submergées par des journalistes !

 

            Finalement, Léna nous raccompagna au club, fit monter Einstein dans un van et, après nous avoir saluées, elles partit, retournant en Normandie ! Mes parents arrivèrent dans la soirée ! Loïc les avait appelés la veille au soir ! Ils ne nous grondèrent pas, trop heureux de nous retrouver, Carla et moi, en bonne santé et nous annoncèrent que, Loïc avait accepté de prendre Ecume et Jéronimo en pension au club ! J’acceptai, sachant que mes chevaux seraient entre de bonnes mains !

 

            Le lendemain, nous fîmes, Carla et moi, la une des journaux locaux. L’un d’eux titrait : “ Deux ados mettent fin à un trafic de chevaux ” suivit de notre photos et d’un articles occupant une la moitié de la page. Le deuxième : “ Traversée de toute la Normandie et la Bretagne pour sauver leurs montures”. Carla lut, à voix haute, l’article :

 

“Cécilia Merrier et Carla Rolland, deux adolescentes, ont traversées toute la Basse-Normandie et la Bretagne, à cheval, poursuivis par des trafiquants de chevaux. Elles sont parties du haras de l’une d’elles, près de Caen pour arriver dans un centre équestre du Finistère. Ces deux jeunes filles, aidées par deux cavalières du club, pour sauver leurs chevaux, n’ont pas hésitées à s’attaquer, seules, à trois hommes armés. “ Sans Laure et Maria, nous n’aurions rien pu faire !” intervenait l’une des deux ados. “ Nous n’étions vraiment pas rassurées mais je ne voulais pas que quelqu’un fasse du mal à mes chevaux ! Nous savions que ce que nous faisions pouvait très mal se finir.” “Un des chiens qui nous accompagnait est mort, en nous protégeant, lors du voyage !” ajoute l’autre ! Leur ayant demandé quand elles ont eu le plus peur, l’une d’elle nous répondit : “ Tout le temps mais surtout quand nous avons été poursuivis par une moto dans les bois.  Je ne leurs ai échappée que parce que mon cheval était un excellent sauteur !”. La réponse de l’autre fut : “ le moment où j’ai eu le plus peur ? Je pense que c’était avant-hier, dans le champ, quand l’un des hommes à faillit abattre l’un des chevaux !” Mais, elles sont d’accord sur une chose : “ C’était génial de passer autant de temps à cheval, mais nous ne referons jamais plus ça dans ces conditions !” ont-elles conclus avant que l’un des policiers les accompagnant, ne nous ordonne de ne plus les importuner davantage ! Cependant, les chevaux resteront au club tandis que les deux cavalières partiront à la fin du mois de janvier pour le Canada. En attendant, elles passeront le reste de leurs vacances au centre équestre.”

 

            “- Mouais ! Dommage qu’ils ne parlent pas de l’identité des trois hommes !

 

             - Attend, lis, celui-ci !” me lança Carla en me tendant le premier journal. Je lus le paragraphe qu’elle m’indiquait :

 

“ Les trois hommes, quand à eux, arrêtés grâce aux deux ados, appartiennent tous au monde du cheval ! Le premier, le meneur du groupe, est Juann Bhorm, un trafiquant arrêté puis libéré trois fois. Le deuxième est Bill Levin, un vétérinaire bannit des hippodromes à la suite de l’affaire Démon-Rubens, deux cracks qu’il soignaient. Le troisième est Paul Levessier, un palefrenier qui, par vengeance, à suivit les deux autres. Alors qu’il travaillait à l’écurie des Merrier, il a été renvoyé après avoir été surpris à négliger son travail et à frapper un des chevaux  dont il avait la charge ! Découvrant que Bhorm visait les chevaux de son ancien patron, il a décidé de se joindre à eux pour se venger de l’humiliation que son renvoi lui avait fait subir ! Les trois hommes seront jugés prochainement pour tentative d’homicide volontaire et trafic d’équidés !”

 

            “- J’aurai jamais crû que Paul aurait pût faire ça ! Il n’a travaillé que deux mois chez nous, il y dix ans, appris-je à Carla.

 

             - Et qui sont Rubens et Démon ?

 

             - Rubens était un grand crack alezan qui a subit le même sort que Démon, surnommé le “petit gris”, il y cinq ans. Ils devaient participer tous les deux à une grande épreuve de steeple-chase, les courses d’obstacles. Ils étaient les favoris de l’épreuve. Le vétérinaire qui les suivaient était Bill Levin. Pour rendre la lutte entre les deux chevaux encore plus intéressante, il a drogué les chevaux avec je ne sais quel produit mais il le leur a administré en surdose ! Et lors de la course, ils ont courus jusqu’à l’épuisement. Leur organisme n’a pas supporté cet effort trop violent ! Rubens à gagné d’un bout de nez, effectuant un nouveau record qui n’a jamais été battu bien qu’il n’ait pas été authentifié ayant été réalisé illégalement. Mais ils sont tous les deux morts, la ligne d’arrivée franchie ! Rubens appartenait à mon oncle qui ne s’est jamais remit de la disparition de son champion ! Il était tellement affligé qu’il a abandonné son élevage et, maintenant, il ne veux plus entendre parler de chevaux et encore moins de courses !

 

            - C’est une bien triste fin pour des champions !

 

            - Ouais !

 

             - Bon, si on profitait de notre tranquillité enfin retrouvée pour aller monter !

 

             - Excellente idée !”

 

             Et nous sortîmes du gîte où nous étions installées, essayant d’oublier cette randonnée qui aurai pu tourner au drame ! Nous avions décidées de profiter des vacances pour habituer Jéronimo à être monté par Laure et Maria qui serait chargées de s’en occuper en notre absence, à Carla et moi ! Nous n’entendîmes plus jamais parler de “Léna” ou de “Burman” et ses amis, tout du moins, directement !

 

            En effet, trois mois plus tard, nous reçûmes une lettre de Bretagne. Dans l’enveloppe, nous trouvâmes une lettre de Laure et Maria, des photos de Jéronimo et Ecume ainsi que plusieurs articles de presse. Le premier parlait du jugement des trois hommes. Burman, Levin et Levessier eurent trois ans de prison ferme plus deux avec sursis ainsi qu’une amende de 10 000 F chacun pour conduite dangereuse et port d’arme illégal et suppression du permis de conduire. Les autres, au nombre de cinq, concernaient diverses arrestations dont une de trafiquant de drogue, par une jeune policière très prometteuse, “Léna” !

 

 

 

 

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